La longur marche du luxembourgeois

A la veille du traité des Pyrénées 1659

Comté de Luxembourg 1659
Bien entendu les noms des pays limitrophes/ Belgique=Pays-Bas Espagnol, Allemagne = Saint-Empire Romain Germanique.

Carte de l'histoire du territoire luxembourgeois

carte-historique-luxembourg

La langue nationale

Le plateau du Kirchberg en 1961

Le plateau du Kirchberg en 1961


Une nation s’identifie dans sa langue courante et quotidienne et cette dernière ne correspond pas forcément avec la langue officielle du pays. C’est le cas au Grand-Duché du Luxembourg où les langues allemande et française subsistent au côté du luxembourgeois, lëtzebuergesch en tant que langues officielles.

Inscrit depuis 1984 dans la constitution du Grand-Duché, le luxembourgeois est un langage millénaire. Il puise ses racines dans l’ensemble dialectal allemand « francique luxembourgeois » dont l’étendue dépasse largement les limites nationales actuelles du Grand-Duché, définies en 1839. En effet nombres de territoires, en partie « francique luxembourgeois », furent annexés à la France (1659, Montmédy et Thionville), la Prusse (1815, le massif de l’Eiffel) et la Belgique (1839, Arlon). Le « francique luxembourgeois » se pratique encore au-delà de ses limites nationales actuelles et dans certains territoires de la Lorraine, en Sarre et à Trèves.


Carte insérée dans le Monde Diplomatique de Janvier 2020 [1] traitant du sujet de la langue luxembourgeoise, sous un article intitulé « Comment s’invente une langue » : le lëtzebuergesch.

Avec l’indépendance politique, l’état luxembourgeois dut résoudre la question du sentiment d’appartenance grand-ducale luxembourgeoise. La population s’identifia spontanément à son langage, rejetant toute idée d’appartenance à tout autre espace linguistique, notamment francique luxembourgeois. Le Traité de Londres de 1830 avait défini les conditions de l’érection d’un Grand-Duché de Luxembourg, notamment ses langues officielles : le Français et l’Allemand, la langue luxembourgeoise n’ayant alors aucune existence légale, hormis l’usage courant par la population de son langage dialectal « francique luxembourgeois ». Face aux appétits territoriaux des pays voisins : la France, la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne, la population déclarait alors se reconnaître « nationale luxembourgeoise » par son langage populaire. Or celui-ci n’offrait aucune codification, de par sa nature dialectale, composé d’une multitude de dialectes locaux. Tandis que l’allemand figurait en première langue de la scolarisation au Grand-Duché, l’élite luxembourgeoise restait alors généralement francophile. Enfin membre de la Confédération Germanique jusqu’en 1867, le pays adhéra, jusqu’en 1919, à l’Union Économique Allemande (Zollverein). C’est dans ce contexte international complexe que la population s’identifia à son langage intime. Ce fut une véritable revendication linguistique que le pays engagea durant plus d’un siècle et demi. Ce combat s’inscrit parmi toutes les luttes linguistiques en Europe depuis la Révolution Française.

Ce combat linguistique, lié au désir d’identité nationale, stimula le sentiment national, allant parfois jusqu’au nationalisme. La mise en forme de la codification d’une langue luxembourgeoise ne pouvait s’établir que sur la base exclusive des langages locaux grand-ducaux et non sur l’ensemble de la mosaïque dialectale dite « francique luxembourgeoise». Cette abstraction est à l’origine de la lenteur et des échecs successifs des diverses tentatives d’unification linguistique nationale. Finalement, en 1975, faisant preuve de réalisme, les linguistes mirent sur pied avec succès une codification analogique allemande, aisée pour une population scolarisée en allemand. La publication d’un dictionnaire Luxembourgeois en allemand allait également faire l’unanimité de l’ensemble des locuteurs.
Naissance d'une langue
Depuis, diverses révisions orthographiques intervinrent à partir de 1999, afin de souligner la nature exclusive luxembourgeoise. Les entrepreneurs de l’unification de la langue avaient donné la priorité à la codification, ce qui se justifiait pleinement, et encore à l’heure actuelle. L’actualisation du dictionnaire resta dès lors en suspens.

L’intégration quasi systématique de mots nouveaux, importés tels que, nuisent à la stabilité culturelle, voir à la crédibilité de la construction d’une langue « nouvelle ». L’accueil du lexique étranger n’a pas fait l’objet d’un traitement au cas par cas, comme en allemand. Par exemple le mot téléphone, Fernsprecher, signifie « appareil à parler de loin ». En revanche la France pour le même mot associa deux mots grecs. L’arrivée massive des mots anglo-saxons a aggravé la situation du lexique, le Dictionnaire de 1975 représente plus qu’un monument culturel passé.
Une des difficultés de la normalisation
La difficulté de la normalisation du luxembourgeois réside dans sa nature dialectale. Il s’agit avant tout d’un langage parlé avec ce qui accompagne la parole : les onomatopées, les effets de la voix, des gestes etc., et plus encore. La codification si précise soit-elle, dans le cas d’un dialecte ne rend qu’imparfaitement l’expression de la pensée. L’écriture doit être dense et apporter un certain confort à la lecture, qu’une langue analytique restreint. L’expression luxembourgeoise est subrogée à sa structure grammaticale germanique, le sens de la phrase n’étant compris qu’à la fin. Cette particularité ajoutée à l’aspect analytique ne favorise pas sa lecture, le sens de l’idée exprimée par le locuteur n’intervenant qu’en dernier.

Reprenons l'exemple plus haut, à propos de la création d'un mot, non pas inexistant mais non "révélé" et certainement en germe dans la langue, tel qu'en allemand Fernsprecher. Le mot français Téléphone ( grec : loin et son) a été intégré dans le luxembourgeois par Tëlëfon. Pourquoi et Pourquoi pas ?

Pourquoi ? En l'absence de ce mot dans le lexique, il aurait fallu le définir de façon analytique, pratiquement par une circonlocution trop longue ou lourde dans une phrase surtout pour tel appareil qui allait devenir courant. Aussi pourquoi pas Tëlëfon ?

Or, l'afflux de plus en plus important de mots étrangers, mêmes "luxembourgisés" nuit à la pérennité du langage et surtout à son esprit et à son développement littéraire. Sans tomber dans le ridicule de certaines traductions forcées, le mot adéquat absent du lexique réside forcément en germe ou en "possibilité d'expression" dans les raçines du "francique luxembourgeois" . A terme l'avalanche du vocabulaire, notamment anglo-saxon, modifiera peu à peu la nature du langage. Le luxembourgeois doit jouer le rôle de "langue d'intégration", n'est-ce pas cela ?
Voir les articles sur ce sujet
Philippe Descamps & Xavier Monthéard dans le Monde Diplomatique de Janvier 2020:

Comment s’invente une langue ?
Le multilinguisme, un casse-tête scolaire
Le Luxembourgeois doit jouer le rôle de langue d’intégration
De la fondation du Comté à la reconnaissance du luxembourgeois[1].

[1] Avec une précision toutefois, ce n’est pas Guillaume II empereur d’Allemagne qui s’opposa au projet d'annexion par la France du Grand-Duché en 1867, mais les cosignataires du Traité de Londres de 1830, sous l’impulsion d’Otto von Bismarck, Ministre Président de la Prusse peu enclin lui-même à annexer ce pays, car l’Allemagne n’existait pas encore.

Le démantèlement du Comté de Luxembourg à travers les siècles

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