Mai
Dictons du mois de Mai

Florian pourrait encore porter un chapeau de neige.
9 Job
Qui s'aventure à planter des pommes de terre à la Saint Job obtient une récolte rapide.
13-15 Saints de Glace : Pancras, Servais et Boniface
Ces seigneurs sont terribles pour les paysans, mais leur règne ne dure pas.
Celui qui tond ses moutons à la Saint Servais préfère la laine à ses bêtes.
Passés les saints de glace, l'Été est libéré.
14 Saint Boniface
À la saint Boniface plante tes haricots, car il seront excellents.
14 Sophie
Gel à la Sainte Sophie envoie au fumier nombre de plantes.
25 Urbain
Si le temps est clair à la Saint Urbain donnera une année à vin.
Si Saint Urbains sourit ce jour, alors pleurent les raisins.
Le Soleil de la Saint Urbain s'entend glace et bon vin.
29 Gerder
Planter des oignons avant la Saint Gerder est plus rentable.
Sujets abordés
- Les Pâques du vin
- Les quatre étapes de l'ivresse
- Janvier
- Février
- Mars
- Avril
- Mai
- Juin
- Juillet
- Août
- Septembre
- Octobre
- Novembre
- Décembre
Le Premier Mai celtique
Le Premier Mai et Beltaine celtique
Summum de l’Été celtique, le Premier Mai préside le mois le plus beau et le plus sensible sous l’effet d’une conjoncture cosmique exceptionnelle. L’eau de Mai présente des propriétés hors du commun et faisait l’objet d’un culte particulier où la femme et la Lune y tenaient une place prépondérante. À cette date, au cours de la nuit, on plantait encore au 19ième siècle un arbre devant les fenêtres des jeunes filles à marier et les hommes arboraient au revers de leur veste une fleur d’églantine.(60) En cette période de floraison totale et subite des prunelliers et des aubépines, la nature revêt une blancheur générale.
C’était la fête celtique du Druide à l’origine de la Saint Philippe patron des alchimistes.(61 page suivante) Le 1er Mai moderne déclare ce jour « Fête du Travail » par référence aux alchimistes nommés « Les Travailleurs ». Cette période ne manque pas de traditions, d’usages et de survivance de croyances anciennes. Le relativement récent brin de muguet offert a chassé la traditionnelle fleur d’aubépine offerte au 1er Mai. La légende rapporte : « Fuyant le roi Hérode après la Nativité, la Sainte Famille, en route pour l’Égypte, s’abrita sous l’aubépine durant un orage ». Depuis, elle aurait le pouvoir de protéger les maisons de la foudre. Pour les celtes, cet arbuste fut la résidence des fées. Elles « dormaient » dans leurs racines où nombre de vierges noires furent découvertes. Hermaphrodite, dotée d’organes mâle et femelle, symbolise la virginité. Jean Markale écrit à ce sujet :
« Au 19ième siècle à Metz on allait en procession à la Porte des Allemands, le matin du Premier Mai. Là, se trouvait la "Bonne Fontaine" dont on buvait l’eau. Ensuite, on dansait, mais on portait à la boutonnière une petite branche de verveine, l'herbe sacrée par excellence, dont parle Pline l'Ancien à propos des druides. »
Le muguet offert tient ses origines d’une coutume courtoise(63) dégénérée et mondaine. Un dicton populaire(64) rappelle qu’offrir cette fleur en Mai apporte la discorde ! La beauté de ses clochettes blanches masque une dangereuse toxicité. Elle dégage une odeur ordinaire de lilas dont se servaient les galants. Il y a des siècles, la légende voulait qu’un cavalier jeta au-delà des murailles du château, au pied d’une jeune princesse, un bouquet de muguet, pour la charmer. D’où l’expression péjorative « mugueter », qui signifie tenter d’obtenir par galanterie les faveurs d’une femme. Nos sociétés agraires trouvaient ces moyens détestables et se méfiaient de ces jeunes galants, démunis de nobles intentions. « Mugueter » expression courante, illustre l’intention de « détourner du droit chemin », verführen en allemand. Dans ces temps, rester vierge avant son mariage était louable pour une femme.
Enfin, la jeune fille vertueuse, comme la « rosière », se voyait offrir une couronne de roses au mois de Mai. D’autres personnalités faisant l’objet d’éloges recevaient une couronne de chêne, vieille coutume celtique. « Laubkranz ».
Mai, la période des paradoxes
Le christianisme consacre le mois de Mai à la Vierge Marie par analogie* avec la pureté de la nature à cette époque et en réponse à la symbolique aquatique et protectrice des sources de la déesse Sirona.
Mai, d’humeur changeante, « astrologiquement » mutant, et surprenant comme un caméléon, réclame chaleur et eau, au plus fort de la cuspide conventionnelle du premier décan du signe du Taureau. L’aspect gémellaire de ce signe, c’est-à-dire sa double personnalité, conditionne les incertitudes du temps des travaux agricoles : eau, température etc... Le 21 Mai le Soleil entre en Gémeau, signe particulièrement gémellaire. Ses effets néfastes prennent fin à la Saint-Jean-Baptiste, quand le Soleil entre dans le signe du Cancer, signe lunaire et d’eau pour sceller la déchéance de la saison.
L’interdit de mariage en Mai, contrairement à l’idée reçue, n’est pas liée au culte chrétien de la Vierge Marie. Madame Véronique Guibert de la Vaissière écrit :
« L’interdit de mariage attesté de toute l’antiquité dans tout le pourtour méditerranéen, a subsisté jusqu’à aujourd’hui, et qui est encore respecté, comme en témoignent les traditions en Afrique du Nord et en Europe. »(66)
Pour résumer l’auteure : il s’agit d’une solidarité cosmobiologique de la femme avec la terre en ce mois où tout pousse et croît, au regard de la pureté sexuelle des jeunes pousses, à une époque de l’année où la nature risque d’épuiser ses forces. La pureté des jeunes vierges serait garante de la fécondité de la nature.
Rappelons à ce sujet que le mariage celte représentait avant tout un contrat d’association agraire, contracté pour une ou plusieurs durées annuelles. Par conséquent, Mai n’est pas l’époque favorable au mariage et il est par ailleurs encore réputé pour ses orages, comme les mois d’Août et d’Octobre également dédiés à la Vierge Marie. En cette période, Saint Donat, le 24 Mai, est invoqué contre la foudre. Proche du germanique Donner, Donat signifie le tonnerre
L’eau magique du mois de Mai, l’eau de la santé
Quelle source ne fut pas dédiée à une divinité celtique, voir romaine, pour son pouvoir de guérison ? De nombreuses légendes, évoquent les gardiennes de l’eau, reprisent par le judéo-christianisme. D’une manière générale, jusqu’au 19ième siècle les « bonnes sources », réputées pour leurs bienfaits, faisaient l’objet de vénération par le « culte des fontaines ».
« Si les femmes, en tant que genre, jouent un rôle prépondérant dans les traditions de Mai, parmi elles les jeunes filles occupent une place de choix. Il est notoire que bon nombre de coutumes doivent être respectées par elles, car elles leur sont réservées et concernent cette catégorie de la communauté. Par ailleurs, il faut remarquer que les enfants, quand il en est question, sont assimilés à cette catégorie. »(67)
L’eau tient une place privilégiée dans les mythes par le mystère de la vie que présente la femme intacte, vierge, défendue par un Dragon. Elle doit être conquise, entendons dans le sens noble du terme. (68)On retrouve ici le mythe de la conquête d’une forteresse et de ses douves ou contre une grotte défendue par une bête féroce.(69) Il est possible d’associer le pèlerinage à ces symboles. C’est une marche vers l’eau, soit la Vierge (Notre Dame) au départ d’un pôle positif vers un pôle négatif. (70)
Le passage de la mauvaise saison à celle de Mai représente comme toute transition une période de chaos possible, qui se résorbera au cours de la montée en plénitude de l’Été jusqu’à son apogée à la Saint-Jean-Baptiste. Sur la base de l’expérience ou des traditions millénaires, les anciens se préparaient à « traverser » ces périodes de turbulence, sans avoir observé quotidiennement les comportements de l’eau et du vent. Les eaux de ce mois, qu’elles coulent, qu’elles tombent ou qu’elles stagnent, sont chargées d’un magnétisme ou d’un pouvoir « magique » pour la santé. Observer l’eau permet de prévoir le temps à venir, s’il est favorable à la pêche par exemple. Les pêcheurs le savaient bien. Aussi ce mois est favorable à la divination, à la magie, alors qu’à la vigile de la Saint-Jean on accordera plutôt une attention particulière à la nature, aux plantes notamment, au moment de son crépuscule. A ce bref instant, les variations secrètes de la lumière agissent et se révèlent aux plus sages.
Quelques citations :
« Mai frais et mouillé remplit tonneau et grange du paysan »
« Pluie de mois de Mai, tombe sur moi afin que je pousse. ».
« Dans le pays messin, l’eau du 1er Mai dite « eau nouvelle » préserverait des fièvres ; on en donnait aux animaux domestiques pour leur éviter toutes les maladies; on en aspergeait les habitations et les écuries. Cette vertu caractérisait ce jour-là n’importe quelle eau courante en Alsace où « de celle-ci et de là », encore en 1930, des filles allaient se laver de bon matin le 1er Mai ou le Dimanche de la Pentecôte dans le ruisseau voisin pour conserver leur beauté et se protéger de toutes les maladies. Comme pour certaines herbes, la vertu magique de la période ou d’un de ces jours renforçait l’eau et la puissance de certaines sources ou fontaines déjà sacrées à des titres divers aussi… celle de Saint-Jacques à Saulieu, afin de se préserver de la fièvre toute l’année. » (72)
« Au cycle de la croyance que la pluie de Mai est bienfaisante ; en pays messin pour les cultivateurs, quoique bienfaisante pour les vignerons, qu’une croisette de bois placée le 3 Mai sur votre fontaine et votre fumier vous fera avoir de l’eau toujours saine et fertile. Tandis qu’à la Saint-Jean : les eaux stagnantes des puits ou des réservoirs naturels et toutes les eaux courantes possèdent la veille et le jour de la Saint-Jean une puissance magico-médicale en soi, sans bénédiction préalable par un prêtre, ni récitation de l’hymne au saint, ni supposition qu’elle provient d’un baptistère ou dépend d’un génie local terrestre ou aquatique. »
Le texte ci-dessus justifie en quelque sorte nos dictons à propos de l’eau bénite de la Pentecôte, meilleure que celle de la veillée pascale.
Le culte des eaux
Le culte des eaux
Une hauteur, une montagne ou un arbre correspondent à l’élément masculin, l’époux d’une union sacrée avec l’élément liquide. Outre le culte des sources, les sociétés celtiques pratiquaient celui des arbres, des cavernes, des gouffres, etc. Belenos fut le dieu des sources chaudes et Sirona le dieu des sources marmonnantes sous la mousse des bois. Saint Martin et la Vierge Marie prirent le relais. La grotte de Lourdes et la source miraculeuse du Mont Saint-Odile en Alsace sont des lieux miraculeux.
Dans l’antiquité le pèlerin pouvait se libérer de ses vœux par de seules offrandes. Les fontaines et les puits celtiques abondaient de pièces et constituaient de véritables trésors. La profanation des fontaines et des forêts allait déclencher la sanglante Guerre des Gaules. Plus tard les évêques poursuivirent cette même lutte contre le culte des eaux si cher aux paysans.
L'eau résorbe le magnétisme qui existe partout et en toute chose. La consécration de l’eau par le prêtre commence toujours par l’exorcisme de cet élément pour chasser toutes les mauvaises influences. Pour ce faire, il fait le signe de la croix et bénit les éléments en faisant passer son propre magnétisme en eux. Il chasse ainsi les mauvais sentiments et les mauvaises pensées. Le sel contient du chlore que l’eau sait dissoudre. L’eau en combinaison avec l’élément igné, le sel c’est à dire le feu, possède la grande faculté purificatrice.
